Michele Destarac, Cocorico-roccoco-1, 2013, huile sur toile, 61x50.jpg

Depuis un demi siècle, Michèle Destarac perpétue et renouvelle un dialogue inédit avec la peinture. Le geste, la couleur et la matière sont à l'œuvre de concert pour célébrer le chaos vital, la puissance tellurique, l'intensité lumineuse... et la subtilité des rencontres.
Densités sensuelles et dilutions raffinées ; tons éclatants et nuances infinies ; traces audacieuses ici, délicates là ; tension des compositions... Les intuitions et les expérimentations guident l'artiste, et lui servent de leçons.

Destarac n'admet quasiment aucun sujet autre que la peinture elle-même. Dans ses premières toiles, une ligne horizontale suggère un ciel, une arche évoque une porte d'entrée. Mais l'essentiel, déjà, est ailleurs : dans la façon dont la matière se fixe ou s'écoule, dont les couleurs se fondent ou se repoussent, dans le calme qui peut surgir de lignes parallèles ou de tons harmonieux et dans la perturbation provoquée par une diagonale ou des couleurs vives. Ce qu'interroge Destarac est le lieu précis du changement, la pulsion à son commencement.

À de très rares moments, émerge du chaos mis en place une silhouette distincte : un fauteuil en 1970, un palmier deux ans plus tard, quelques étoiles en 1989 et une poignée d'arbres trois ans après ; uniquement des archétypes du calme ou bien au contraire du jaillissement. Nulle anecdote, nulle information : les rares motifs demeurent fondamentalement des réseaux ou des confrontations, qui provoquent ou charment l'infini sans jamais l'enfermer.

Un isolement volontaire, quasiment mystique, prélude à chaque série de toiles, commencées simultanément. Les gestes de l'artiste ricochent de l'une à l'autre, jusqu'à l'achèvement d'un ensemble de variations, comme il en existe dans la musique moderne. De tout son corps, Destarac conte ainsi moins l'histoire du Monde que ses palpitations.

« Le mystère de ce qui vous échappe un peu, voilà la vraie Beauté. » dit-elle.